mercredi 16 avril 2014

12 - Mon pays, ce n'est pas un pays...


 Quelque part pas très loin du Pôle Nord, 16 avril 2014.

Cher Bonhomme Hiver,

Comment te dire ce que je ressens ce matin?

Certes, lorsque j'ai débarqué de l'avion à mon retour de Chypre (27°C fin octobre!) et que je t'ai vu arriver avec des températures négatives dès le mois de décembre, je n'étais pas ce qu'il y a de plus enthousiaste et on ne peut pas dire que je t'aie accueilli à bras ouverts.

Mais comme chaque année, la première bordée de neige a rempli mon cœur de joie. J'ai sorti les décorations de Nouwel, je suis allée acheter un Pimpayouel que j'ai joyeusement enguirlandé, le Prophète ne tenait plus en place, nous avons mangé du foie gras pour faire plaisir à mon homme, et les enfants ont été ensevelis par une avalanche de cadeaux.

À chaque bordée de neige suivante, je me suis réjouie d'avoir souscrit un abonnement auprès d'un déneigeur, parce qu'avec deux jeunes enfants, laisser mon homme passer une demi-journée à déblayer quand tu nous estourbissais de tes frasques, non merci. Je me réjouissais quand même de la m*** blanche que tu nous déversais par kilos, parce que c'était l'occasion de sortir le traineau, et que, hiver ou pas hiver, j'ai des oursons qui ne manquent jamais une occasion de s'amuser, et rien que pour ça, ça vaut le coup de se geler les miches un peu.

Là où tu as commencé à m'horripiler sérieusement, c'est avec tes températures polaires qui ont duré des mois et des mois. Non, mais c'est vrai, quoi. J'ai vécu un hiver à Kuujjuaq, tu sais, là haut, j'y ai même croisé les rennes du Père Nouwel, et tu n'avais pas fait aussi pire. Tu semblais vouloir t'installer durablement, et même après la date fatidique à laquelle on annonce généralement ton départ, tu nous gratifiais de températures dignes de mon congélateur.

Mais il y a deux semaines environ, tu nous as enfin donné de l'espoir. J'ai semé mes tomates et mon basilic (à l'intérieur, je ne suis pas folle), je regardais la neige fondre d'un œil averti, me demandant où j'allais installer mon jardin et le module de jeux des enfants. Enfin, j'ai vu le gazon, et le Prophète m'a rappelé qu'il était temps de monter le dit module. Je me suis dit que les enfants pourraient bientôt jouer dehors en rentrant le soir.

Il y a deux jours, le Prophète a même revêtu ses premiers shorts de l'année. Il est allé en trottinette à la garderie. Ma Fleur était heureuse, elle pouvait enfin évoluer plus librement que dans son manteau de neige qui lui donne des airs de bibendum.

Mais ce matin, tous mes espoirs se sont effondrés lorsque j'ai entrebâillé le rideau de ma fenêtre. J'ai vérifié la date deux fois sur mon calendrier. 16 avril. Ça fait presque un mois que tu aurais du céder ta place au printemps. Alors, par pitié, crisse ton tabarnak de camp, gros sale et qu'on te revoie plus jusqu'à l'année prochaine. Merci.

Très peu cordialement,

Nanouk, ourse polaire excédée.

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